lundi 21 septembre 2009

sans balises


Tout est parti de là, c'est difficile à savoir.
Tant qu'il y a le fleuve on peut suivre sa direction pourvu de ne pas marcher trop au bord. Ensuite attention, on peut trouver des neiges persistantes qui masquent la route, recouvrent les sous-bois, effacent les sentiers. On peut se fier alors aux piquets des clôtures des prés ou des propriétés pour filer droit.
Je verrai quand je rentrerai, quelle saison se sera, et par où je passerai.

Tout est parti de là, c'est difficile à savoir. Qui aurait pu le prévoir ?
Attention, il y a encore des gens du côté de Bourlatier sur ces parties du plateau qui meurent de froid, leur voiture immobilisée, ils mettent le chauffage et puis... après, ... rien.
Je verrai quand je rentrerai.

On croit savoir d'où ça vient mais il en vient de toute part.
Quelle est vraiment la source ? Dans quel sens faut-il marcher ?
Se souvenir de ce premier pont. Cabane en bois, tas de gravier, monter derrière les barrières en direction de la clairière puis suivre le chemin entre les piquets. On ne voit plus rien. Un chemin a-t'il jamais existé ? On ne voit que les Sucs dépasser. Viser le pied de celui du Sépoux par l'ouest, viser ensuite celui du Séponet par l'est, contourner par la droite et continuer en tirant à travers la forêt. Longer une étendue de neige sans arbre au milieu qui rejoint une terre de lande avec un petit sentier qui repart vers la droite.
On verra bien comment je rentrerai. (De toutes façons il n'était plus possible de rester).

Trouver le Suc de Montfol, déjeuner là à midi d'un reste de pique-nique ouvert sur l'herbe.
Repasser dans sa tête toutes ces images embrouillées du chemin parcouru, tantôt savourant le plaisir de lancer une jambe devant l'autre, de sentir la chaleur du soleil remontant de la terre charrier toutes les odeurs d'un printemps qui se fait languir, tantôt dans une inquiétude hative et pressée d'en finir d'une ornière dont on ne connaît pas l'issue, de passages difficiles que l'on ne peut pas éviter : glisser, s'embourber, se prendre les pieds dans les taillis épais.
Faudra-t'il que je me préoccupe de dormir quelque part ce soir ?

Reprendre la route par un des sentiers qui part de là. Passer comme on peut... dessous, par dessus... au milieu de tous ces troncs et branchages effondrés par le poids de la neige.
Le paysage s'ouvre. Longer ce pierrier par la lisière du bois, on voit les premières habitations, se rapprocher. Parler ? Chanter ?
Je verrai quand je rentrerai, comment je m'y prendrai, par où je passerai, et à qui je raconterai.

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