C'est en flanant cet été un samedi aprés-midi du côté de l'Emmaüs de Taulhac, rendez-vous hebdomaire des Ponots en promenade, que j'ai pu entendre pour la première fois depuis mon arrivée dans le Velay une vraie conversation suivie et ordinaire en patois entre deux hommes, d'un certain âge. Dans d'autres lieux limitrophes comme à Lamastre où j'avais été conduite par la main de Pascale, nous avions pu constater que ce type d'échange spontané subsistait encore il y a moins de 5 ans dans les cafés au petit matin, des gars du coin nous en avait fait la faveur par leurs discussions de comptoir. Aujourd'hui on se laisse surprendre à entendre les parlers régionaux sur les créneaux plus serrés et formalisés des ondes de RDB, Radio des Boutières, lorsque parfois l'emission occitane fait irruption dans la voiture via l'autoradio si par bonheur on traverse pile à ce moment-là le plateau du Mézenc pour descendre vers la vallée du Rhône, ou sur FM43 qui présente dans sa grille de programme une émission similaire.
Mais il a fallu que ce soit ici et comme ça.
- Siam anatz veire leis éoliennes
- Ah ! e acò vos agrada ?
- O, ben, ...
... et je ne me souviens plus de l'appréciation qui suivait, la conversation continuait tranquille et légère comme un ruisseau dans l'herbe ; émerveillée, j'hésitais à rester plantée là, à feindre de regarder rêveuse le rayon du petit électroménager.
Qu'aurais-je pu faire pour que cette conversation ordinaire ne cesse jamais ? Sans doute pas m'arrêter en spectatrice devant la scène pour témoigner aux locuteurs de l'intérêt de l'auditoire... Y prendre part maladroitement avec ma pauvre maîtrise des conjugaisons et du vocabulaire occitans ? Féliciter les auteurs pour cet échange, pour les encourager à poursuivre, alors qu'il relevait pour eux d'une tendance très naturelle qui en faisait tout le charme, et qui semblait n'avoir besoin d'aucun élan extérieur pour l'entretenir... ? Enregistrer ce témoignage ? Ma petite cervelle, mon émerveillement paralysant ne m'ont permis de me souvenir que des bribes de ce parler des environs du Puy-en-Velay, transformé par mes fragiles références du provençal mi-rhodanien/mi-alpin. Hervé Quesnel, Président de l'Institut d'Etudes Occitantes de Haute-Loire, lui, aurait sans doute retenu la forme locale plus complète et avec plus d'exactitude, avec ses tournures de phases propres et ses accents spécifiques sans doute transcriptibles dans la graphie.
- Siam anatz veire leis éoliennes
Mais il a fallu que ce soit ici et comme ça.
- Siam anatz veire leis éoliennes
- Ah ! e acò vos agrada ?
- O, ben, ...
... et je ne me souviens plus de l'appréciation qui suivait, la conversation continuait tranquille et légère comme un ruisseau dans l'herbe ; émerveillée, j'hésitais à rester plantée là, à feindre de regarder rêveuse le rayon du petit électroménager.
Qu'aurais-je pu faire pour que cette conversation ordinaire ne cesse jamais ? Sans doute pas m'arrêter en spectatrice devant la scène pour témoigner aux locuteurs de l'intérêt de l'auditoire... Y prendre part maladroitement avec ma pauvre maîtrise des conjugaisons et du vocabulaire occitans ? Féliciter les auteurs pour cet échange, pour les encourager à poursuivre, alors qu'il relevait pour eux d'une tendance très naturelle qui en faisait tout le charme, et qui semblait n'avoir besoin d'aucun élan extérieur pour l'entretenir... ? Enregistrer ce témoignage ? Ma petite cervelle, mon émerveillement paralysant ne m'ont permis de me souvenir que des bribes de ce parler des environs du Puy-en-Velay, transformé par mes fragiles références du provençal mi-rhodanien/mi-alpin. Hervé Quesnel, Président de l'Institut d'Etudes Occitantes de Haute-Loire, lui, aurait sans doute retenu la forme locale plus complète et avec plus d'exactitude, avec ses tournures de phases propres et ses accents spécifiques sans doute transcriptibles dans la graphie.
- Siam anatz veire leis éoliennes
- Ah ! e acò vos agrada ?
- O, ben, ...
Puis voilà ces souvenirs brodés par des images d'éoliennes tournées par Pascale et Franck sur les versants de la vallée du Rhône et par l'environnement sonore et musical qu'elles ont inspiré à Christèle, par la vision en contreplongée des éoliennes de Saint-Clément au pied desquelles le sentier sur les pas de Nannette Lévesque nous a menés, ou encore par l'apparition des éoliennes se découpant sur l'horizon au sortir des sucs lorsqu'à pied on a rejoint sur la même trace, depuis le Gerbier, par le lieu dit Le Pré du Bois, les grandes prairies qui bordent Le Béage...
Comment faire pour que cela continue, pour que cela ne s'arrête pas, jamais, une langue, un héritage oral... ?
Du vent, que du vent
Not I but the wind that blows through me (Robert Creeley)
Pauvresse, nécessiteuse, colporter le vent à travers soi, sur les crêtes, comme les éoliennes.
Suffit-il d'avoir des gens pour les entendre ces paroles ou ces chants dans le vent ? Ou bien faut-il éviter à tout prix de se trouver en situation de dernier locuteur, privé d'échanges, de personnes capables de vous répondre... muet, ou au contraire moulin à paroles, vous donnant en spectacle, articulant et gesticulant dans le vent, comme les éoliennes.
Je pense à Katlin, qui, ayant quitté la Zélande pour s'installer en France depuis plus de 40 ans prend la précaution d'entretenir son néerlandais en jouant aux mots fléchés dans sa langue maternelle assise sur le perron baigné de soleil de sa maison aux volets bleus, le bleu des yeux de Benjamin son époux. Je pense aussi à Centza (Vincente) qui par son âge se retrouve dans son proche entourage sur l'ancien lieu de son exil dans le Comtat Venaissin en situation de dernière locutrice du parler de la communauté maltaise de Djerba, du fait des disparitions successives de son époux, de ses soeurs et de la famille élargie de sa génération, et qui n'a plus que la musicalité qu'elle donne inconscienmment en parlant à la langue française pour continuer à exprimer sans y penser les traits profonds de son bain linguistique culturel.
Quelle école du vent pour les mots, les chansons, les contes qui nous reviennent en mémoire voire nous échappent parfois lorsqu'on se surprend à parler ou à fredonner comme un automate, un somnambule ? Qui ne font que traverser nos oreilles, une fois ; peut-être trop peu de fois, peut-être la dernière. Qui se transforment des fois, se régénèrent, nourrisent d'autres expressions nouvelles. Quelles intentions faut-il avoir pour mettre tout cela en marche ?
Comment faire pour que cela continue, pour que cela ne s'arrête pas, jamais, une langue, un héritage oral... ?
Du vent, que du vent
Not I but the wind that blows through me (Robert Creeley)
Pauvresse, nécessiteuse, colporter le vent à travers soi, sur les crêtes, comme les éoliennes.
Suffit-il d'avoir des gens pour les entendre ces paroles ou ces chants dans le vent ? Ou bien faut-il éviter à tout prix de se trouver en situation de dernier locuteur, privé d'échanges, de personnes capables de vous répondre... muet, ou au contraire moulin à paroles, vous donnant en spectacle, articulant et gesticulant dans le vent, comme les éoliennes.
Je pense à Katlin, qui, ayant quitté la Zélande pour s'installer en France depuis plus de 40 ans prend la précaution d'entretenir son néerlandais en jouant aux mots fléchés dans sa langue maternelle assise sur le perron baigné de soleil de sa maison aux volets bleus, le bleu des yeux de Benjamin son époux. Je pense aussi à Centza (Vincente) qui par son âge se retrouve dans son proche entourage sur l'ancien lieu de son exil dans le Comtat Venaissin en situation de dernière locutrice du parler de la communauté maltaise de Djerba, du fait des disparitions successives de son époux, de ses soeurs et de la famille élargie de sa génération, et qui n'a plus que la musicalité qu'elle donne inconscienmment en parlant à la langue française pour continuer à exprimer sans y penser les traits profonds de son bain linguistique culturel.
Quelle école du vent pour les mots, les chansons, les contes qui nous reviennent en mémoire voire nous échappent parfois lorsqu'on se surprend à parler ou à fredonner comme un automate, un somnambule ? Qui ne font que traverser nos oreilles, une fois ; peut-être trop peu de fois, peut-être la dernière. Qui se transforment des fois, se régénèrent, nourrisent d'autres expressions nouvelles. Quelles intentions faut-il avoir pour mettre tout cela en marche ?
o, ben,
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