samedi 20 novembre 2010

ça ne suit pas de pays

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Mille mots pour parler de la neige
Mille expressions pour parler des boucles de l'âme et de la matière
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Quel temps
c'est la bruine
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Je ne fais rien en ce moment
Pas d'ouvrages
Je traîne
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J'avais commencé à travailler une laine
Une laine qui a des épis partout
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Mais ça ne suit pas de pays
ce type de laine
Elle tire pas long
on a l'impression d'en avoir assez
puis en fait on arrive bien vite au bout
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Photographie :
Décoration latérale d'un carreau de dentellière du Velay.
Frises de papier couleur irisé découpé, motifs décoratifs métalliques en relief épinglés sur fond de carte postale début de siècle (Le Thermomètre de l'amour) et textiles associés.
Couverture de plastique transparent.
Collection temporaire (Emmaüs de Taulhac).
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samedi 6 novembre 2010

L'avons tant cherchée

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L'avons tant cherchée
Cette sauvagerie que la Provence a à dire au monde aujourd'hui.

Où se cache-t-elle ? Dans quels branchages est-elle accrochée ?
Cette parole processuelle, cette parole dans les actes.
Dans quel fourré s'est-elle tapie ?

Et comment la Provence écoute maintenant ?
On sait comment elle accueille, celui qui arrive, touriste le plus souvent.
On sait comment sa tradition de l'hospitalité, si jamais elle a déjà été mise à nu, est devenue un réflexe commercial, une façon de tirer un moyen de vivre des beautés du paysage, des villages classés, du chant des cigales, du gîte à tout va construit dans le moindre recoin de lapinière, et du bleu hyperchloré des piscines qu'il est devenu si difficile d'éviter quand on veut flâner par les chemins de ce pays, tandis qu'il n'y a plus une goutte d'eau dans le lit de ses rivières ni de bruit dans les fontaines.

Alors comment la Provence écoute ? Comment elle s'engage dans la parole et l'échange ?

Celui qui arrive, gare sa voiture, prend une photo du champ de lavande, pousse le portail d'un beau-mas-authentique-pierres-apparentes-poutres-apparentes-climatisation-roses-trémières-piscine-avec-nage-contre-courant-12mètres-nous-contacter, quelle surprise lui réserve-t-elle cette Provence qui prétend lui ouvrir son coeur ?

A les entendre, certains des Provençaux d'aujourd'hui que nous avons croisés, ce à quoi semble s'attendre l'hôte provençal dans sa panoplie moderne, en tous cas dans le récit qu'ils en font, c'est à un bon nouveau dernier canulard, né du spectacle de la désadaptation du touriste dans le tableau de la petite communauté villageoise, composée bien souvent d'anciens touristes pour la plupart, des taches qu'il va laisser dans ce tableau, par maladresse ou mauvaise interprétation du mode de vie local, et qui ne vont pas manquer d'amuser la galerie.

Mais il ne passe pas toujours que des touristes sur la terre. Et toutes les voies empruntées pour mener d'un point à l'autre, d'un homme à l'autre, ne sont peut-être pas toujours aussi banalisées.

En marchant vers Le Contadour, nous avons passé des moments à découvrir comment nous nous parlions et comment nous nous écoutions, à échanger quelques chants, contes, airs de rigaudons, et des galéjades, vraiment beaucoup de galéjades et de ces nouveaux récits épiques sur les aventuriers d'aujourd'hui partis à la découverte de la Provence des catalogues et des magazines, sur - ou quelques fois par - ceux qui gagnent leur vie en y travaillant comme ils peuvent, parfois sur le dos des autres, parfois à la force de leurs propres poignets.
Ces moments d'échange, de silence, et d'observation de comment nous nous écoutions et de comment nous nous parlions, étaient, sans le vouloir et sans le dire, des moments où s'édifiaient nos visions de ce que cette Provence devient, à travers des récits qui s'inventent en se partageant, au contact de ces lieux-carte-postale, tellement médiatisés qu'on pourrait les croire familiers, et tellement vendus à jamais qu'on n'espère des fois plus pouvoir en apprendre et en attendre grand chose.

Nous avons traqué comme des bêtes ceux qui restent encore à se forger le tempérament au vent de ce pays, sans plier sous le joug plus accablant de son image commerciale. Et nous avons réussi à dessiner un chemin sur la carte pour aller à pieds des uns jusqu'aux autres, rendre visite. On a vu au travers de cette invitation à la marche et à des veillées de conte, de chant, de musiques, de récits produits ensemble et d'écoute, comment chacun, parfois avec beaucoup d'ingéniosité et de travail, s'accommode une niche en Provence, et tente de préserver en ce lieu comme un nid de confort moral entre soi et les autres, un refuge.

Quels sens ont toutes ces galéjades ? Quelles leçons de vie les ont déversées dans les formes modernes du récit populaire des sociétés provençales d'aujourd'hui ? Comment les traditions contées, chantées, et les productions littéraires d'un temps pas si lointain viennent heurter ou se frotter à ces récits d'aujourd'hui ? Et de quelles formes de sursaut, de distance et d'indépendance d'esprit les un(e)s et les autres veulent-elles ou veulent-ils témoigner ?

Photographie : Lionel Marchetti, 2010.

dimanche 29 août 2010

quel visage avait-elle ?

L
LL
LLL



Il en reste bien de cette parenté.
Ils n'avaient pas les moyens.
C'est beaucoup catholique ici.
Elle était pauvre de pauvre.
Elle a quitté.
Elle est allée s'embaucher chez un bourgeois.
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Elle avait le talent de la voix.
Il lui ont exploité son talent.
Il n'y a pas tant d'honneur,
Pour ceux qui sont restés ici.
Peut-être que d'autres mériteraient,
Qu'on leur fasse un livre.
Le Père Moulin lui, il chantait.
C'est pas valable.
Ceux qui sont pas restés au pays.
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Il n'y avait pas l'école.
Sauf pour les riches,
Qui embauchaient un instituteur.
- Un bourgeois ?!
Mais c'est ceux qui ont au moins 10 fermes !
Ou plus. Et oui...
C'est ceux qui font travailler les autres !
Tandis qu'eux,
Ils n'avaient que 4 ou 5 vaches.
Alors elle a dû partir.

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Elle a été chassée de chez elle.
Parce qu'elle était enceinte.
Il paraît qu'elle était allée accoucher à Peyrefiare.
De l'autre côté de la rivière Aygueneire.
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Lanau c'est là oui, c'est sa maison.


mercredi 14 avril 2010


Au Contadour !
26-30 avril 2010
Marche pour l'oralité entre Baronnies et Lure
en direction du plateau du Contadour.
Possibilité de se joindre aux marcheurs pour une ou plusieurs journées de marche, ou de se retrouver pour les veillées.
Réservations de repas et d'hébergement possibles à chaque étape.
Contacts, informations
Fabienne : 06 63 62 85 82
Valérie : 06 08 04 38 27
marche.nannette[@]aliceadsl.fr
Poussés par le vent, l'appel de la lumière et des crêtes de Haute Provence, des marcheurs vont cheminer du lundi 26 avril au vendredi 30 avril 2010 pour atteindre le plateau du Contadour au départ de Buis-les-Baronnies (Drôme). Souhaitant entraîner dans leurs pas lors des marches journalières ou retrouver, lors des veillées qui jalonneront les étapes dans les différents gîtes, les personnes sensibles aux récits, chants, contes, danses, à toutes formes d'échange où l'oralité retrouve sa place parmi les éphémères fleuraisons du printemps, sans autre promesse que celle de laisser émerger de ces rencontres l'imprévisible.
Une marche qui est comme une histoire proposée à la rencontre d'un paysage, de terres balayées par les vents et les histoires croisées d'hier et d'aujourd'hui, à l'écoute de la musique intérieure et collective des habitants, des hôtes et de ceux qui ont façonné des pays parfois même en ne faisant que les rêver ou y passer.
LUNDI 26 AVRIL
Buis-les-Baronnies - Plaisians, 10.5 km. Veillée au gîte de l'Erable : 04 75 28 10 40
MARDI 27 AVRIL
Plaisians - Montbrun-les-Bains, 17,5 km. Veillée au gîte du Haut Serre : 04 75 28 81 27
MERCREDI 28 AVRIL
Col du Négron - Curel, 15 km. Veillée à la Ferme Auberge Danse l'Ombre : 04 92 62 05 86
JEUDI 29 AVRIL
Curel - Le Contadour, 17 km. Veillée dans une maison particulière, Banon : 04 92 74 75 99
VENDREDI 30 AVRIL
Banon - Le Contadour, 10.6 km. Fin de la marche, pique-nique sur le plateau dans le gite d'étape Le Trait de Redortiers/Le Contadour :
04 92 74 75 99 - 06 66 30 91 95

samedi 27 février 2010

sur les murs

Le vent souffle par rafales, les étalages commencent à voler au-dessus du marché qui enserre la mairie. Pourtant un mot a été scotché solidement sur la fenêtre devant les volets clos du poste de gendarmerie. De ces mots qui traînent, et font penser qu'il y a des gens qui veillent ici.
En mémoire d'un sombre hiver. Mais en sommes-nous bien au bout ?

samedi 20 février 2010

à temps perdu

Laissant flâner une oreille aujourd'hui du côté de la radio, je me suis laissée "hameçonner" par ce récit, rapporté par Henriette Asséo, chercheur à l'ehess, historienne des Tsiganes : l'ethnologue Germaine Tillion pendant sa déportation à Ravensbrück, durant laquelle elle perdit sa mère et ses proches collaborateurs du réseau de résistance du Musée de l'Homme, prit des notes sur la langue romani parlée autour d'elle par les personnes condamnées au même sort. Une femme manouche belge internée avec elle lui sauva la vie.
Radio libre (Ali Baddou) - France Culture, sam 20 fév.

dimanche 10 janvier 2010

proverbe

je questionnai Léon, le trésor vivant , dernier piqueur de genêt:

mais alors, comment faites vous, quand vous posez les lauzes ?
vous assurez vous de trois points sur lesquels chaque pierre doit reposer ?
posez vous à l'oreille ?

- ah, Madame, si vous voulez vraiment savoir, il faut venir le faire!
Un métier ça ne se vole pas, ça s'apprend !

mercredi 6 janvier 2010

pas mieux mauvais


Si on passe par là sous les arbres, c'est pas mal : un peu de neige dure sur le chemin, mais c'est granuleux sous la semelle, comme des petits crampons de gel qui sortiraient de la terre, ça ne glisse pas.
Si on passe par là juste un peu plus loin, c'est pas mieux mauvais, mais c'est tout différent, la neige devient plus poudreuse, c'est silencieux et relaxant de marcher dessus.
Quand on arrive à cet endroit, ça se complique, on voudrait pouvoir faire le tour du Mont, mais sur les crêtes la neige s'amoncelle en congères plus hautes, on a déjà de la neige jusqu'au-dessus du genoux et on ne progresse presque plus. Pourtant le soleil rasant fait briller la glace prise dans les pailles et les épis des graminées qui se dressent encore sur le bord du chemin et on aimerait rester sur ces hauteurs où la neige fut plus abondante. Alors, on se rabattrait vers la descente ? On reviendrait sur ses pas ? - Ah... on n'en a pas vraiment envie !
Bon, on prend garde de ne pas glisser tout de même en redescendant, la neige est tassée et gelée sur le chemin, on dévale, on marche plutôt sur le bord pour avoir un peu de prise au sol.
Tout paraît si grand, l'horizon, quand on n'a pas à se soucier de savoir où on met les pieds mais qu'on ne connaît pourtant pas déjà le chemin. Et si des fois on le connaît déjà un peu, la lumière nouvelle de chaque saison le transfigure.
Quand on voit arriver la neige à nouveau sur le Mézenc par un vent du sud, on fait vite ce qu'on a à faire à l'extérieur et on se replie dans un endroit sûr, sans broncher, on ne se risque plus dehors comme ça. Qui sait ce qui adviendrait si le vent et la neige se mettaient à danser ensemble jusqu'à nous retourner la tête sens dessus dessous, "quand ça burle, comme on dit ici : on ne voit plus ni ciel ni terre".
Alors il peut se trouver que des silhouettes s'approchent des maisons, on se dit - qu'est-ce que ça va être, ces personnes solitaires qui pointent leur nez à la vitre dans le froid à la tombée de la nuit ? Jeanne, l'hôtesse, maîtresse de maison, se dresse attentive devant la personne qui toque discrètement pour demander de l'aide. C'est chaque fois comme une nouvelle histoire qui commence. La personne salue l'assemblée, s'installe un temps pour se réchauffer, n'expose pas d'emblée la situation mais s'insère progressivement dans la discussion des personnes qui l'accueillent, le temps que le corps se réchauffe, que les corps s'acclimatent. A petits pas se déroule le récit qui emprunte lui aussi mille et mille chemins, dialogue. En reconstituant la situation elle fait ainsi aussi du coup en transparence et par bribes suggestives état de sa vie et de ce qui la tient debout, de ce qui l'a conduite jusqu'ici, à demander un peu d'assistance, de quoi se réchauffer les doigts autour d'un café. On écoute attentivement, les oreilles béantes comme des croisées d'ogive et ce qu'on entend raisonne en nous à tous les étages, on a les yeux vifs comme ceux d'un héron pour ne pas en perdre une goûte... le temps que la situation soit claire pour tous, qu'on sache à qui on a à faire peut-être, enfin une petite idée quoi, ou une première impression, savoir surtout quels gestes il va falloir mettre en branle. Prendre une lampe, voir s'il y a moyen ensemble de dégager les gens de l'ornière, gagner un logis, trouver ensemble un dépannage, sauver du gel ce qu'il y a à sauver...

Et marchant ainsi dans ces traces ou sur ces plages vierges de grand blanc on se prend à rêver qu'on pourra entendre peut-être ici mille et mille expressions pour parler de la neige, des émotions et des transports qu'elle empêche ou qu'elle occasionne, des voyages lancés, relancés, arrêtés, avortés, stoppés net, recommencés, des dépannages, des accidents, des risques mesurés ou encourus, bref, autant d'histoires et de mots sur la neige que s'en racontent parfois sur la chasse les chasseurs, sur les farces les farceurs, sur l'amour les beaux parleurs... à force de traîner ses guêtres par ici.